Ma vision de la migration.

J'ai migré de la France vers le Canada en 1991. Il faut savoir d'abord que je ne partais pas à l'aventure. Ceux d'entre mes lecteurs qui cherchent ici des trucs et astuces pour une aventure hors de leur pays ne trouveront pas de réponse. D'autre part, ce qui suit ne s'adresse pas non plus aux gens qui n'ont pas le choix de migrer tout simplement pour des raisons de sécurité, leur pays étant devenu un enfer pour eux à cause de toutes sortes de raison sur lesquelles je ne m'attarderai pas. Pas utile non plus pour le cadre supérieur qui doit partir pour une mission de deux, trois ou cinq ans et ne migre que temporairement pour des raisons professionnelles. Non, cette page est surtout à l'attention de ceux et celles qui en ont "marre" de leur pays, de son système, de ses impôts et que sais-je d'autre encore. Toutes les raisons deviennent bonnes dans ces cas-là.

J'étais déjà venu au Québec en 1987, m'étant organisé un genre de stage à titre complètement privé dans mon domaine d'activité d'alors. Mais même là, ce ne fut rien d'une aventure, je voulais tout simplement connaître et voir comment on exerçait mon métier dans un pays au climat pour le moins rigoureux en hiver. J'y ai passé cinq mois cette année là, vivant chez mon "employeur", à leur manière et rencontrant les gens qu'il rencontrait lui-même.

Ayant lors de ce premier voyage noué un certain nombre de contacts, il me fut plus facile d'organiser mon départ en 91. Pourtant, au bout de quelques années, je me suis remis en question et j'ai surtout remis en cause ce départ. Non que je le regrette, mais la découverte et l'enthousiasme du début étant un peu "fanés", j'avais la tête et les idées plus claires pour voir des détails qui m'auraient semblé insignifiants au début.

La migration est une rupture d'avec son milieu de vie habituelle. On découvre des gens aux mentalités différentes, au mode de vie autre et on se rend aussi compte avec le temps que les problèmes qu'on a en quelque sorte fui existent aussi dans ce nouveau pays. Bien sur, ils prennent une autre forme, voire sont nouveaux, mais il y a là aussi des problèmes de quotidien. Il faut bien aussi se faire à l'idée au départ que pour s'intégrer à un nouveau milieu de vie, il faut rompre avec ses habitudes anciennes, adaptées à un milieu où on est plus. J'ai eu l'occasion de rencontrer d'autres personnes qui ont un jour fait la même chose que moi, dans des conditions chaque fois différentes. Certaines étaient bien intégrées, d'autres en revanche n'ont jamais vraiment quitté leur ancienne patrie , pour le moins dans leur tête. J'ai un jour rencontré un homme se disant fort content de me rencontrer parce qu'il ne connaissait personne. Quand je lui ai demandé depuis combien de temps il vivait au Québec, j'ai eu la surprise de l'entendre me répondre : 22 ans Il ne s'était pas intégré, c'est à mon avis le moins qu'on puisse dire. Ses rares amis étaient des français. Je n'en revenais tout simplement pas. Mais quoi qu'il en soit, ça alimentait ma réflexion sur le sujet.

J'en suis petit à petit arrivé à un certain nombre de conclusions et je donnerai très peu de conseils aux candidats; en fait, je donne plutôt des sujets de réflexion à méditer, à peser soigneusement avant de prendre une décision.

Petits conseils avant de décider de partir.

1. Considérant que le pays de vos rêves a aussi ses difficultés, ses problèmes qu'il faudra découvrir avec du temps, des mois, voire des années; Êtes-vous bien sur de ne pouvoir négocier plus facilement avec votre milieu actuel que vous connaissez bien ?

2. Connaissez-vous bien, un peu ou pas du tout le nouveau pays? Et si vous ne le connaissez qu'à travers des magazines, ne serait-il pas judicieux d'aller faire un séjour de six mois ou un an puis de revenir et de peser le pour et le contre de la décision finale? Si je précise ceci, c'est tout simplement parce que j'ai déjà vu quelqun arriver avec armes et baggages, plus un visa en poche, mais sans être jamais venu auparavant, fut-ce en simple touriste pour deux semaines. Ça, c'est que je considère comme de l'aventure et vous faites comme vous voulez, mais je le déconseille vivement.

3. Connaissez-vous personnellement des gens l'ayant déjà fait avant ou à tout le moins des gens susceptibles de vous accueillir et de vous guider dans vos démarches d'intégration ? Sinon, je vous souhaite bien du plaisir.

4. Un conseil que votre profession ne vous permettra peut-être pas de suivre; si vous décidez de faire le saut, installez vous de préférence à la campagne; une ville dans n'importe quel pays reste une ville. Vous y trouverez le même mode de vie à Paris, à Montréal, à Chicago; la seule différence, c'est la langue qu'on y parle ou l'accent auquel on finit par se faire très vite quand même.

5. Puisqu'il est question de langue; parlez-vous la langue de ce pays ? Sinon, essayez de trouver un cours dans une école de langue ou un professeur qui pourrait au minimum vous enseigner les rudiments de base avant de partir. Yes, No et Big-Mac, ça fonctionne partout, mais c'est un peu court quand il faut négocier un loyer, acheter une voiture ou faire une quelconque transaction et ne pas se faire rouler.

6. Parce que, oui, on peut se faire rouler; connaissez-vous la mentalité des habitants de ce pays? Autre lieux, autres mœurs dit le dicton. Ce n'est que trop vrai. Êtes-vous prêt à faire face et à vous intégrer sans faire trop de gaffes ?

7. Un danger majeur contre lequel je mets en garde tout migrant de quelque pays qu'il vienne vers quelque pays que ce soit; abstenez-vous de ne fréquenter que des gens de votre communauté d'origine; N'oubliez surtout pas que vous intégrer dans un pays, c'est adopter ses us et coutumes. En restant entre vous, la tentation sera très grande de garder vos anciennes habitudes nationales et à terme, vous faire détester pas les gens du pays. L'illustration de ce propos peut-être observé dans n'importe quel ghetto et dans n'importe quel pays, et ça donne lieu au racisme stupide. Ceci ne veut pas dire que vous devez tout oublier. Vos connaissances peuvent être un apport pour le pays d'accueil, mais ne l'imposez en aucun cas; offrez-leur de partager cette connaissance en leur laissant bien soin de prendre ce qu'ils ont envie de prendre. Peu importe qu'ils adoptent ou non vos manières, s'ils en retirent quelque chose, vous aurez apporté ce quelque chose au pays d'accueil. Ceci explique en grosse partie pourquoi je conseille de s'installer à la campagne, mais si vous le faites en ville, ne choisissez pas nécessairement dans le quartier où sont tous vos compatriotes. Fréquentez des gens de ce pays, nouez des amitiés et gagnez leur confiance. Adaptez-vous et, petit truc, n'hésitez jamais à demander un conseil à ces gens; même si vous ne le suivez pas, vous leur donnez de l'importance et ils vous en seront d'autant plus reconnaissant. Ne soyez pas naïf pour autant, faites la part des choses.

8. Un dernier conseil pratique quand même; en supposant que vous en veniez un jour à décider de rentrer, gardez des contacts dans votre pays d'origine, la réintégration n'en sera que plus facile.

Voilà, c'est tout. Loin de vouloir vous dissuader de partir, je vous mets toutefois en garde. Si j'avais connu tout ce que je connais aujourd'hui de ce pays qu'est le Canada au moment de partir, j'aurais peut-être bien hésité. La migration parce qu'on est fatigué de son propre pays, c'est une fuite en avant. Il faut tout recommencer. Adapter son langage, compter avec une autre monnaie, avoir des rapports différents avec son entourage au travail ou dans la vie courante parce que ces gens sont différents. Il faut tout apprendre. J'ai aujourd'hui droit de cité au Canada sans pour autant avoir perdu ma citoyenneté française : Ça se gagne avec le temps et de la patience. Attention, selon les accords entre les pays, acquérir une citoyenneté peut vous faire perdre l'ancienne, renseignez-vous avant.

Bon voyage.


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